Le datura : l’herbe du diable qui gagne du terrain

Originaire du Mexique, le datura, aussi connu sous le nom de l’herbe du diable, est présent sur le territoire français, notamment dans le Sud. Néanmoins, depuis quelques années, l’adventice s’étend vers le Nord de la France. 

Comment expliquer ce déplacement, et surtout, qu’est-ce que ça change pour les zones, jusque-là épargnées ? 

On vous dit tout dans cet article 👇 

  

Pourquoi le datura progresse ? 

La progression du datura dans le Nord de la France n’est pas nouvelle, mais elle a pris de l’ampleur ces dernières années. Une simple présence localisée devient désormais un sujet de vigilance. 

 

Une adventice qui n’est plus rare 

Une enquête réalisée par Arvalis en 2020 mettait déjà en lumière une double dynamique : une présence historique très marquée dans le Sud-Ouest et un second foyer identifié dans le Nord-Pas-de-Calais. L’implantation du datura dans certaines cultures du Nord de la France est déjà suivie depuis plusieurs années, notamment sur le sarrasin, le maïs fourrage et les légumes industriels.  

 

Avec cette progression, l’adventice n’est plus une simple présence à surveiller mais une problématique suffisamment visible pour ne pas être ignorée, ce qui la rend d’autant plus dangereuse car son ingestion peut entraîner des intoxications graves, parfois mortelles. 

 

Un déplacement progressif, porté par 3 moteurs 

Plusieurs facteurs expliquent la dynamique de progression du datura dans le Nord :  

 

  • Les cultures estivales : le datura est une adventice des cultures d’été. Pratiquer de plus en plus de cultures estivales dans le Nord favorise le développement du datura, notamment dans le soja, le tournesol, le maïs, le sarrasin et les cultures légumières.   

 

  • Les rotations culturales : Comme le datura se développe en cultures d’été, le retour plus fréquent du soja, du maïs, ou du tournesol dans les rotations culturales, offre au datura des conditions favorables à son développement. 

 

  • Le réchauffement climatique : le datura est une plante qui apprécie les environnements chauds. En raison du cycle croissant des épisodes de chaleur, y compris dans le Nord de la France, le développement du datura s’explique par ces conditions climatiques changeantes. 

 

Ces 3 facteurs combinés créent depuis quelques années les conditions favorables au développement du datura dans le nord de la France. 

 

 

Concrètement, sur le terrain  

Un seul pied de datura par hectare peut suffire à faire dépasser le seuil réglementaire autorisé dans une récolte de sarrasin. De la même manière, une graine de datura dans 2 kg de maïs suffit à dépasser le seuil règlementaire d’alcaloïdes fixé pour l’alimentation. Cela résume bien ce que la progression du datura implique pour les exploitants. Ce n’est pas un problème à prendre à la légère, mais bien un risque direct sur la conformité des récoltes et qui a un impact sur la manière de surveiller les parcelles. 

 

 

Des seuils réglementaires qui ne pardonnent pas 

Le datura produit des graines qui contiennent des alcaloïdes tropaniques qui sont extrêmement toxiques si elles sont consommées. L’Union Européenne a fixé le 30 août 2021 des limites très strictes concernant ces graines. Sur le sarrasin par exemple, le seuil autorisé est de 10µg/kg, ainsi que pour l’alimentation pour bébé qui est de seulement 1µg/kg, des valeurs qui laissent peu de place à l’erreur.  

 

Comme dit précédemment, ces seuils sont si bas qu’ils sont généralement atteints avec la présence d’une seule plante par hectare. Cela signifie qu’il ne faut pas grand-chose pour dépasser le seuil évoqué. Dans une région où le datura reste rare, quelques plants passés inaperçus suffisent à transformer une récolte en bonne santé, à une récolte non conforme qui peut mener à un refus de récolte. 

 

 

Traiter à temps 

La surveillance des parcelles est donc essentielle, elle ne limite plus seulement les zones traditionnellement touchées, aujourd’hui, toutes les régions peuvent être concernées. Le datura a la capacité de s’introduire dans les parcelles à partir du printemps jusqu’à la fin de l’été, et ses graines peuvent rester viables dans le sol pendant 40 ans. Un foyer non-traité à temps peut donc coûter cher sur le long terme. 

 

Il devient essentiel de suivre la culture dès les premières levées d’adventices et ce, jusqu’à la récolte. Le datura germe en effet sur une période particulièrement longue, favorisée par le travail du sol et l’irrigation. Dès que les températures du sol dépassent 12°C et que les graines sont exposées au soleil, le début de la germination commence. Selon la DRIAAF 

 

Pour faciliter cette surveillance, des Outils d’Aide à la Décision, comme le survol par drone, permettent de détecter le datura à l’intérieur des parcelles. Cet outil permet d’obtenir des cartes de détection, qui aident à visualiser les foyers de datura au sein de la parcelle afin d’intervenir pour les éliminer.  

 

Conclusion

Le datura ne se limite plus à un seul département. En quelques années, cette adventice a transformé une présence minime en un véritable enjeu pour des régions qui n’étaient pas en alerte.  

 

Ce qui fait la différence, c’est la réactivité. Un foyer de datura repéré tôt permet d’intervenir rapidement et d’éliminer les plants, limitant ainsi leur concurrence avec les cultures déjà en place et évitant qu’ils ne compromettent les rendements ou les conformités des récoltes. 

 

La vigilance doit s’exercer partout, y compris dans les zones jusque-là épargnées, du premier passage au champ, jusqu’à la récolte, et s’appuyer sur des outils capables de repérer la plante avant qu’elle ne devienne un problème. 

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