L’apport tallage des céréales à paille est parfois perçu comme un apport « optionnel ». Et pour cause : à ce stade, les besoins en azote de la culture restent modérés, et dans certains cas — sols riches, reliquats élevés, semis précoces — il est possible de s’en passer. Pour autant, cet apport ne doit pas être négligé dans une stratégie globale de fertilisation azotée. En effet, mal géré, l’apport tallage peut avoir des conséquences agronomiques et économiques :
- Trop d’azote favorisera le risque de verse, l’apparition de maladies ou encore des pertes par lessivage.
- Un déficit peut entraîner une carence précoce, pénalisant la croissance avant une phase clé : la montaison.
Alors, quels sont les enjeux sur l’apport tallage ? Quels en sont les bénéfices et comment l’optimiser ? Décryptage d’un stade charnière du cycle des céréales à paille (blé, orge…) et des leviers pour raisonner son apport avec précision.
Comprendre le tallage des céréales à paille
Le tallage correspond à une phase du cycle de croissance des céréales à paille. Il intervient dans les premières phases végétatives des céréales, après la levée, en hiver, avant l’allongement de la tige. C’est une étape essentielle où la plante produit des tiges secondaires, les talles, qui peuvent plus tard porter des épis fertiles. Le nombre d’épis par mètre carré étant un composant majeur du rendement, le tallage joue donc un rôle important dans le potentiel de la culture.
Talles productives et non productives : un équilibre à trouver
Toutes les talles n’aboutissent pas à un épi. On distingue 2 types de talles :
- les talles productives, qui porteront un épi,
- les talles non productives, qui consomment de l’azote et de l’énergie sans contribuer au rendement final.
L’enjeu du tallage n’est donc pas forcément de produire le maximum de talles, mais de favoriser un nombre suffisant de talles productives. Contrairement aux idées reçues, augmenter l’apport d’azote ne garantira pas forcément un nombre plus élevé de talles productives, au contraire, en apportant plus d’azote, vous venez également nourrir des talles qui ne donneront rien.
Des facteurs multiples, au-delà de l’azote
La réussite du tallage dépend de nombreux autres paramètres :
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la date de semis,
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les conditions climatiques (températures, rayonnement),
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la densité de semis,
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la disponibilité en eau,
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et bien sûr, la nutrition azotée.
L’azote est donc un levier parmi d’autres, à intégrer avec cohérence dans l’ensemble de l’itinéraire technique.
Optimiser l’apport tallage des céréales à paille
L’objectif de l’apport d’azote au stade tallage est de couvrir les besoins pour assurer une bonne croissance jusqu’au stade Épi 1cm, sans surdosage ni carence. À ce stade, la plante prépare sa structure future : nombre de tiges, surface foliaire, capacité à valoriser les apports suivants. Un déficit trop marqué peut fragiliser la culture dès le début de la montaison, avec un impact durable sur le rendement.Les différents instituts techniques comme Arvalis ou encore les Chambres d’agriculture estiment qu’en moyenne, 40 unités d’azote suffisent. Cependant, cette dose n’est jamais standard et dépend fortement de différents facteurs comme le reliquat azoté, le type de sol, le précédent cultural etc.
Les risques d’une mauvaise gestion de l’apport tallage
Trop d’azote : des risques bien identifiés
Un apport excessif au tallage peut entraîner :
- un risque accru de verse, notamment sur blé et orge,
- une sensibilité plus forte aux maladies foliaires,
- une perte d’azote par lessivage ou volatilisation,
- une mauvaise valorisation économique de l’engrais.
D’autant plus qu’au stade tallage, la capacité d’absorption de l’azote (CAU – quantité d’azote apporté VS quantité d’azote absorbé) est relativement faible. Autrement dit, une part de l’azote apporté n’est pas immédiatement utilisée par la plante. Mettre trop d’azote constituerait donc un gaspillage pour des prochains apports plus stratégiques dans le cadre de son plan de fractionnement.
Pas assez d’azote : risque de carence précoce
À l’inverse, un apport insuffisant — ou l’absence d’apport dans un sol pauvre — peut provoquer une carence azotée visible sur les feuilles (jaunissement, ralentissement de la croissance). La culture peut alors peiner à atteindre la phase de montaison dans de bonnes conditions, compromettant la suite du développement de la culture et le potentiel de rendement.
Raisonner l’apport tallage dans une stratégie de fertilisation globale
L’apport tallage doit être vu comme un premier apport d’ajustement, et non comme un levier principal. Il représente une part limitée de la fertilisation azotée totale prévue dans les PPF, mais joue un rôle clé pour sécuriser le démarrage de la culture.Pour le raisonner efficacement, plusieurs éléments doivent être pris en compte :
- le reliquat azoté sortie hiver,
- l’historique de la parcelle,
- les conditions climatiques du début de cycle,
- le développement réel de la biomasse.
Des outils d’aide à la décision pour gagner en précision
Pour s’y retrouver à travers les différents éléments à prendre en compte, face à la variabilité des sols et des conditions, il y a différentes stratégies dont le recours aux outils d’aide à la décision (OAD). Grâce à l’imagerie satellitaire, il est aujourd’hui possible d’évaluer finement l’état des cultures :
- niveau de biomasse,
- indice de nutrition azotée (INN),
- détection des zones de carence à l’intérieur d’une même parcelle.
Ces outils numériques permettent d’aller plus loin dans la stratégie culturale en :
- ajustant la dose totale en fonction des besoins réels de la parcelle (outils de recommandation de dose d’azote)
- optimisant le fractionnement des apports grâce à un conseil de répartition de la dose prévue par votre PPF selon les hétérogénéités de la parcelle
Que ce soit via un conseil de dose ou un conseil de répartition basé sur le plan prévisionnel de fumure (PPF), l’objectif reste le même : 👉 apporter la bonne dose, au bon endroit, au bon moment.
Un apport tallage raisonné pour une fertilisation efficace
Vous l’aurez compris, l’apport d’azote au tallage, bien maîtrisé, permet de sécuriser la croissance, d’éviter les carences et de préparer efficacement les phases clés de développement dont la montaison. Bien que pas forcément systématique, il est important de trouver le juste milieu sur cet apport qui, dans une stratégie globale de fertilisation azotée, constitue une étape d’ajustement dans laquelle il faut prendre en compte le reliquat, l’état réel de la culture et les conditions de l’année. Dans un contexte de variabilité des sols et des climats, s’appuyer sur des données objectives et des outils d’aide à la décision permet d’affiner les choix techniques, de mieux fractionner les apports et de concilier performance agronomique, économique et environnementale.
📚 Sources :
- ARVALIS – Institut du végétal
Fertilisation azotée des céréales à paille ; Les apports d’azote au tallage ne font pas taller les céréales - Chambres d’Agriculture
Stratégies de fertilisation des céréales d’hiver ; Bulletins techniques régionaux
- COMIFER
Méthode du bilan azoté et recommandations de fractionnement - FAO – AGRIS
Pilotage de la fertilisation azotée du blé tendre d’hiver - INRAE
Travaux sur l’efficience de l’azote et la nutrition des céréales à paille